L'église

Une église romane composite (vignette B) isolée du village, aux murs ornés de graffitis.

L'église romane (Saint Gilles)-Saint Leu (ou Saint Loup, évêque de Sens, mort en 623), entourée de son petit cimetière, est isolée du village (B1) (carte loc). Il n'est pas impossible qu'elle ait succédé à un ouvrage plus ancien dont la mémoire s'est perdue. D'ailleurs, sa dédicace à Saint leu, comme la fontaine (lien sur arrêt fontaine) du même nom, semble aller dans ce sens. En effet, au VIIème siècle, il était d'usage de donner le même nom à l'église et à un lieu coutumier de pratiques païennes, l'Église s'en accaparant ainsi les bienfaits.
De construction très composite (B2), des caractéristiques architecturales, notamment les pierres des murs disposées en "arêtes de poisson" (B3), montrent que la construction de l'édifice a débuté vers la fin du XIème siècle. Cette technique particulière, typique de cette période et que l'on retrouve à Reilly, était utilisée pour récupérer le niveau des murs.
Son clocher (B4) en pierres, à base carrée suivie d'une flèche octogonale, fut édifié plus tard, dans le courant du XIIème. Au XIIIème siècle, seront rajoutées les deux petites chapelles nord et sud, le chœur et la nef seront agrandis "en raison de l'importance que prennent les cérémonies à cette époque" et plus probablement en raison d'une forte expansion démographique.
Enfin, la façade (B5) fut reprise au XVIème siècle dans un style gothique flamboyant, sans doute à la suite des destructions occasionnées par les Guerres de Cent Ans. L'intérieur de l'église, peu accessible, comporte une statue de Sainte Barbe et des fonds baptismaux du XVIème siècle.
L'édifice, classé Monument Historique depuis 1943, a fait l'objet d'une restauration récente (2005)..
Le tour de l'église mérite un coup d'œil attentif et curieux. Les très nombreux graffitis gravés sur les murs extérieurs, ne peuvent qu'interpeler. Certaines de ces "Prières des murs" (Montenat, 2003) sont sans doute très anciennes, mais les plus vieilles dates gravées indiquent le XVIIIème siècle (B6). Ces gravures sont parmi les plus diversifiées du secteur, elles représentent aussi bien des croix (B7), de facture variée (de type templière et de Malte), que des animaux, en particulier des chevaux (B8). De rares figurations de bannières de procession sont également présentes, dont une qui évoque par son dessin un cadran solaire (B9). A noter également des croix mortuaires couvertes (B10) ; ces gravures s'adressaient aux morts enterrés dans le cimetière sans sépulture, le dessin compensant l'absence de cette dernière, un peu comme une excuse. Des traces ponctuées (B11), appelées "cupules", sont fréquentes, elles correspondent à des grattages au doigt pour récupérer quelques grains de la roche qui étaient avalés à des fins thérapeutiques ou spirituelles. Un groupe de ces cupules, énigmatique, semble dessiner un personnage, il pourrait s'agir d'une forme de chapelet (?). Des "triangle-barre" (B12) sont aussi présents. Ils sont généralement interprétés comme des haches, mais sans certitude.
Tous ces signes des temps passés révèlent une croyance, mais aussi l'espoir, le besoin de protection. Ils sont à mettre en relation avec l'importance des pèlerinages et des processions durant plusieurs siècles.